Les chroniques du Culinaro Jazz Band: « LE BOEUF »

« LE BOEUF »

l'Exil
l’Exil

23 heures, samedi soir, week-end de rassemblement culinaresque à l’Exil.

Moment calme et paisible d’après choucroute. La version Hollandaise fut audacieuse et appréciée.
Dans cette choucroute, fruits de mer à la place du porc, mélange compact de choux, pommes de terre et d’oignons émincés.
Ce moment d’entre deux ne dure pas. Une bonne blague, un fromage coulant et voilà qu’un à un le personnel se lève et s’agite;
La formule autogestionnaire procède par habitudes et, en quelques minutes, on fait place nette pour ce moment qui porte le nom bestial de boeuf.

Un nom prédestiné, mélange subtil de cause rurale et culinaire. Autant dire que le boeuf de l’Exil exhale des parfums contrastés
de fleurs sauvages et de purin nauséeux, comme on en trouve au village.
Chacun s’installe. Les instruments encore chauds d’une répétition studieuse durant l’après midi écoulé sont prêts à l’emploi.
Le boeuf est une expérience concordante aux principes culinaires. Utiliser des produits simples, du terroir si possible et les composer, les assembler, les dériver pour faire naître des saveurs nouvelles, des petites sensations excitantes, inattendues qui titillent la papille, la font sortir du carcan de l’habitude.
Avec ou sans grille harmonique, tous vont tenter la chose la plus symboliquement jazz: improviser.

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Tard, très tard, un samedi soir. L’Armagnac s’est fait la belle dans les gosiers culinariens. Le feu termine sa course folle par quelques braises enfouies dans un amas de cendres, en attente.
Dehors, le village endormi s’enfonce dans une brume épaisse. Seul, hors des flots, l’Exil grille ses dernières cartouches. Figure de proue d’une arche imaginaire qui vogue, d’une aventure à l’autre.
Dimanche n’est plus très loin. Journée studieuse où musiciens bâtisseurs, modestes, à leur pupitre affairés vont faire sonner le band.

auteur : Yves Pérez